Plonger dans l’imperfection, comme du haut d’une falaise (4′ de lecture)

Et se retrouver à nager dans un bain délicieux…. S’y dévoiler…

Vous retenez-vous de faire des choses que vous aimeriez faire parce que ce ne sera pas assez bien? Etes-vous du genre à vous dire : je ferai ceci quand je saurais mieux faire cela ? Ou : je ne peux pas faire ceci parce que ça va être nul, parce que je ne sais pas faire, parce que je ne suis pas assez bonne ?

Et du coup vous ne faites pas…. Tout en continuant à rêver de faire ?

Illustrons ce propos :

Je viens d’une famille d’artistes dans laquelle tout le monde est doué pour le dessin, la peinture, la sculpture, sauf moi. J’ai été étiquetée « non-artiste » de la famille, et je me suis laissée faire. Peut-être était ce pour moi un moyen de trouver ma place, de marquer ma singularité ?

J’ai dessiné et peint étant petite, mais ce n’était jamais remarqué ni remarquable, je n’aimais pas trop ça, et je me sentais nulle. Je n’en avais pas vraiment envie, en plus ! Il se trouve que quand je m’ennuyais, on me collait des feuilles et des tubes de peinture dans les mains pour que je m’occupe toute seule. Sauf que comme je n’avais pas envie, je n’avais pas d’idée. Je ne savais jamais quoi dessiner.  Je me demandais pourquoi j’avais aussi peu d’imagination. Mais c’était ainsi, je me disais à moi-même : « tu n’as pas d’imagination. Tu n’as pas été livrée avec cette option. »

Et puis, lorsque je suis tombée enceinte de mon premier fils, j’ai commencé à peindre. Je ne pensais qu’à ça, les idées explosaient dans ma tête, de jour comme de nuit, je passais des heures assise à mon bureau à peindre, pendant des mois. J’étais enceinte dans mon corps et dans ma tête. La peinture ci-dessous illustre cet épisode florissant.

Créativité, janvier 1995

Et puis la source s’est tarie. J’ai réellement songé à en faire mon métier tant j’étais heureuse pendant que je peignais.. Mais j’ai laissé la vie quotidienne prendre le pas sur mon potentiel. Une fenêtre s’était ouverte, puis refermée.

Et puis, soyons réalistes, je n’étais pas bonne. J’avais eu quelques idées, j’ai peint quelques trucs originaux, colorés, rigolos, parce que j’avais un peu le temps, mais finalement très puérils et tellement pauvres en termes de dessin… Et puis je n’avais pas vraiment la volonté. Les vrais artistes sont prêts à sacrifier leur vie pour exercer, ils y mettent leurs tripes, ils souffrent… Moi j’avais pondu quelques petites crottes de bique, comme tout le monde le fait à un moment ou à un autre.

J’ai écouté mes croyances limitantes bien ancrées et je suis rentrée à la niche.

Un jour, 25 ans plus tard, à l’école de coaching, une amie me dit :

  • Hier en thérapie j’ai travaillé sur mon rapport à la perfection. D’abord j’ai enfin compris que je n’avais pas besoin de toujours tout faire à 3000 %, 100 % c’est déjà très bien. Et aussi, j’ai compris que ce que je fais n’a pas besoin d’être parfait. Personne ne fait les choses parfaitement. Je peux faire les choses à ma manière, comme je l’entends, ce sera imparfait et c’est ok comme ça. Ce sera même mieux que jamais, parce que je n’ai plus peur de l’imperfection.

Ces mots ont déclenché dans mon cerveau l’odeur du magasin de fournitures de beaux-arts, direct !

Je me suis interdit de réfléchir. Le lendemain, j’ai sauté sur mon vélo et foncé chez « le géant des beaux-arts » à Bordeaux. L’odeur était bien là, je la reconnaissais. Les tubes de gouache étaient toujours les mêmes, si beaux, si désirables. J’ai lâché prise, je me suis fait plaisir et ai acheté les couleurs qui me remplissaient de bonheur.

Imperfection, juin 2018

De retour à la maison, j’ai réalisé cette peinture, avec liberté, en lâchant tout, autorisant mon pinceau à dépasser, à faire des bosses et des détours, à rater …. et à aimer le résultat de ces ratures. Comprenant même que leur présence patine d’humanité, de relief et de singularité ce que je produis.

C’était comme sauter du haut d’une falaise avec une sensation vertigineuse de libération intense.

Une cascade bouillonnante. Qui coule depuis avec un courant apaisé : je ne me laisserai plus construire de barrage.

Cette peinture originelle s’appelle IMPERFECTION. Je l’ai offerte à mon amie.

Maintenant j’aime mon imperfection et je l’accueille à bras ouvert. Je l’accepte, elle est ma signature. La lecture de « Libérez votre créativité » et de « Comme par magie » a achevé de faire exploser les derniers barrages mentaux.

Elle a été le vent dans mon dos pour créer et alimenter ce blog, qui n’aurait jamais vu le jour sans cette acceptation.

Et vous ? Quel est votre rapport à l’imperfection ?

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8 réponses à Plonger dans l’imperfection, comme du haut d’une falaise (4′ de lecture)

  1. CAMILLE dit :

    le droit à l’imperfection est plus fort que le droit à l’erreur !
    L’imperfection est au fondement de notre nature; elle permet de rester humain..

    • Mathilde Piano dit :

      C’est vrai qu’on parle beaucoup de droit à l’erreur dans l’environnement professionnel en ce moment, et le droit à l’imperfection serait une notion intéressante à promouvoir car c’est autre chose…

  2. Bambou dit :

    L’imperfection te va très bien Mathilde 😉
    Merci pour cet article, que je relirai régulièrement !

  3. Syl dit :

    Quelle victoire : tu ES …

    Bien sûr je vais m’abonner et surtout absorber. Avec confiance, plus en toi qu’en moi pour le moment, mais sur le chemin 🙂

  4. Elodie dit :

    Je suis bien heureuse que la lecture de deux de mes livres préférés t’aie inspirée pour te remettre à la peinture, félicitations !
    À très bientôt,
    Elodie

    • Mathilde Piano dit :

      Merci à toi de les avoir mis en avant… Et tu sais quoi, je crois que je vais les relire…. C’est comme ceux de Dominique Lloreau, on peut les lire et les relire tous les ans ou tous les deux ans, c’est toujours un bonheur.

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