Fleurs de bitume

A l’automne dernier, j’ai été envahie par la beauté des feuilles mourantes : avant de partir elles nous offrent un spectacle à couper le souffle de formes et de variations colorées, dont la vision me happe et que je ne savais comment capter. Les photos que je prenais de manière boulimique n’ont jamais été à la hauteur de la réalité. J’aurais voulu toutes les peindre mais étais tellement lente qu’à peine en ai-je eu saisi quelques-unes, que l’hiver a été là, et l’émotion juste n’était plus en moi pour m’inspirer.

J’aurais aimé me satisfaire d’une simple contemplation mais je n’avais pas cette sagesse, j’éprouvais un besoin irrépressible de me les approprier de manière tangible, de les reproduire et les intégrer d’une manière ou d’une autre. Et je suis restée frustrée même si le fait que mon âme soit à ce point touchée par cette abondance de beauté, me semble être un début de chemin.

 Le processus se rejoue ce printemps avec les fleurs que je croise partout sur mon chemin, que ce soit ici à Bordeaux, en Bretagne, dans l’Entre-deux-mers ou ailleurs. Roses, camélias, pivoines, myosotis, althéas, iris, azalées, glycines, chèvrefeuilles, jasmins communs mais si généreux, et toutes celles dont je ne connais pas le nom…. Les belles inonnues…

Je les embarque toutes dans mon smartphone qui a du mal à suivre, proche de l’intoxication florale. Et encore plus qu’à l’automne, je suis submergée par tant de beauté et cherche à les peindre.

Celles qui me scotchent et manquent de me faire tomber de vélo quand je les croise, ce sont les roses trémières.

Longtemps je ne les ai pas aimées car je trouvais que ce n’étaient pas de vraies roses. Sans piquant, elles usurpaient l’appellation. Et puis je ne sais pas pourquoi, je ne les avais pas bien identifiées. Je n’avais pas compris qui elles étaient.

Lors de mon premier séjour à l’île de Ré, elles m’ont tapé dans l’œil et se sont incrusté dans ma rétine.

Quand je les vois aujourd’hui à Bordeaux, fières fleurs de bitume dressées vers le ciel, puisant tant d’énergie dans un centimètre carré de terre, je les trouve tellement belles que j’ai envie de hurler à la lune.

Comment font-elles pour déployer autant de force, de matière et de couleurs, dans un environnement qui est si peu fait pour elles ? Il faut qu’elles soient animées par une envie de vivre hors du commun, pour pousser vers le ciel avec une intensité et une beauté pareilles, malgré tous les obstacles (Imaginez un peu : le manque de terre, la pollution, les chiens, les trottinettes, les chats, la solitude, …. )

Je n’ai pas encore réussi à les peindre. Mais j’ai commencé et je vais continuer et réussir même si cela doit me prendre des années. Je leur dois bien ça. Car quand je les regarde, je sens en moi aussi, la présence de cette énergie vitale qui peut jaillir, pour nous pousser vers le ciel et l’éclosion colorée  malgré les embûches et les circonstances parfois défavorables.

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